Delocalized narratives
Web (HTML, CSS, JavaScript), impressions jet d’encre, panneaux découpés (CNC), nombre et dimensions variables · 2020– (en cours)
Basé sur les Localized Narratives développées par Google Research, ce projet interroge les liens entre langage, vision assistée et effacement. Dans la base originale, un narrateur décrivait une image en survolant les zones jugées importantes, produisant des métadonnées géolocalisées (textes, coordonnées, son).
La base de données comprend un ensemble d’images de petite taille, mal cadrées, non contrôlées (composition, couleurs, sujets…), et supposées constituer une part représentative du réel (avec les énormes biais que cela comporte). Avec ces images sont disponibles les coordonnées des tracés de la souris d’un narrateur qui, dans le même temps, décrit l’image (ce qu’il y voit et ce qu’il veut en décrire). Ces tracés, enregistrements sonores et transcriptions forment la matière première de ce travail-ci.
J’ai posé sur ces images un geste simple, en suivant tous les tracés avec une grande ellipse blanche, ne laissant de l’image que sa pulpe, ses zones de friche, et la laissant sans sujet.
Alors que l’on déploie toujours plus d’efforts pour, dans une image, isoler, identifier et nommer, je me concentre ici sur ce qui reste, sur ce qui peut encore activer nos imaginaires et nous faire apprécier les formes du manque, de ce qui persiste malgré tout. Le résultat est une série visuellement impactante (c’est ce que je cherche), qui a donné lieu à plusieurs mises en forme (impressions, site web, découpes CNC…).
Le texte, lui, subsiste. Il continue de décrire ce qui n’est plus visible. Ce décalage ouvre un espace entre perception et mémoire, entre description et disparition. Il fait écho à notre époque d’images générées par IA, où les mots précèdent les formes, et où les formes ne sont parfois que supposées.
Le projet existe aussi sous forme matérielle, en panneaux de bouleau découpés, prolongeant cette logique d’effacement jusque dans la matière.